Apapacharte durante tres minutos

photographie Pascal Bernheim

Les petits textes contenus dans le ventre de mes cahiers. Ils n’avaient pas vocation à en sortir. Il s’agissait d’une écriture intime tracée au fil de mes respirations, pleines, vitales, parfois en apnées. Je m’imaginais d’abord navigateur de prose.
Ces derniers mois, je suis parti en exploration, à coeur et ventres ouverts. J’ai repris des fragments, écrit d’autres choses, tenté quelques défis, un poème par jour, en partant d’un mot, d’une idée, d’une humeur.
Petit à petit, le projet est né. Celui d’un recueil poétique. Il a fallu choisir, éliminer, retravailler, presser les mots, les sécher, pour ne garder qu’une substance.
On s’en approche.
Pascal Bernheim m’a rejoint pour proposer son regard photographique (en cours).

La prochaine étape sera la recherche d’un éditeur…

La langue et la moureuse

Une langue habile, sur une épaule perchée,
Tenait en son bout un hommage.
Une femmoureuse, par l’honneur alléchée,
Lui tint à peu près ce langage :
Et bonjour, Belle chose agile ,
Que vous êtes jolie ! que vous me semblez fragile !
Sans mentir, si votre voyage
Se rapporte à votre accostage,
Vous êtes la Malice des hôtes de mes émois.
À ces mots la Languette se sent toute en écume,
Et pour montrer sa belle plume,
Parcourt les pentes de la poupée tentante, lentement il se doit.
La Femme en jouit, et dit : Ma bonne Exquise,
Apprenez que toute caresseuse
Vit aux dépens de celle qui l’embrasse.
Cette leçon vaut bien un orgasme.
La languette honteuse et plus,
Jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendrait plus.

Adaptation libre et parodique de Jean de La Fontaine

Le Poisson vole!

Le Secret de Maria vu par Anne Bory
Le Secret de Maria, vue par Anne Bory

Le projet du Poisson volant a vraiment démarré! Le premier livret de la série, Le Secret de Maria est arrivé. Cette semaine, ce sera au tour de la sérigraphie. Je vis, je respire, je dors, je rêve avec ce projet : 12 nouvelles poétiques et décalées, audacieuses, tendres, crus, surréalistes et sensibles. Ces 12 textes seront illustrés par 12 femmes artistes, mis en musique et enregistrés par Alain Tissot. À partie du mois de novembre 2020, ces nouvelles seront publiées chaque mois. À vous de choisir l’abonnement qui vous convient: 

  • le podcast audio
  • le livret
  • la sérigraphie

L’appel à financement participatif

Si vous jetez un coup d’oeil sur Wemakeit, vous trouverez une belle idée et un projet éditorial original. Notez que les 40 premier·ère·s abonné·e·s recevront une invitation exclusive aux « préliminaires », la fête de lancement des déjantérotiques. Pour y découvrir la deuxième nouvelle, La Disparition, illustrée par Laura Dudler, une jeune artiste spécialiste en animation 2D. 

Merci d’en parlez autour de vous, de glisser un mot drôle à votre voisine de table, de murmurer un poème à l’oreille de vos amants, de hurler sur les toits comme les chats littéraires… 

La fin de mon utopie

Dans un peu plus d’un mois et demi, en août finissant, auront lieu les Utopiques, l’événement de la Maison éclose. Et si c’était la plus belle nuit de l’été? Ce sera.

L’allusion est loin d’être fortuite. Je me souviens d’une conversation avec Marie-Therese Bonadonna, au Club 44, à La Chaux-de-Fonds. C’était il y a deux ans et je lui racontais ce que j’avais envie de réaliser avec la Maison éclose. Nous venions de vivre cette expérience assez extraordinaire des Trains de vie et elle avait eu ce mot: « vous êtes comme un pop-up dans la vraie vie! ». L’idée était restée pour devenir le slogan de la maison. Nous avions préféré « étincelles » à « pop-up » pour éviter de devoir traduire chaque fois le sens aux non digital native.

Car le projet de la Maison éclose, depuis 5 ans, était là: inventer de nouvelles manières de partager la littérature, avec des couleurs dans les yeux, une générosité dans les gestes, le sens des paroles semées, des oreilles attentives, l’audace des rencontres fortuites, des ombrelles lumineuses, des mots glissés comme des peaux de bananes sous le gris des salons littéraires. 

Or, je le dis ici: les Utopiques sera mon dernier événement! Cinq ans après la première tentative des Désirs, je remettrai les clés de la maison (si quelqu’un souhaite les prendre) l’automne prochain. 

©Anne Bichsel, 2018

Il y a pour moi un formidable paradoxe: en tant qu’auteur, les événements de la Maison éclose sont exactement le genre de manifestation auquel j’aurais envie de participer. Or, l’expérience m’a montré qu’il est délicat – pour mille raisons plus ou moins complexes – de « s’inviter à ses propres fêtes » (comme à son enterrement). La plupart du temps donc, je renonce. Alors même que j’aurais une folle envie d’entrer par la fenêtre et de dire « j’aimerais vous faire un cadeau, un petit cadeau de lecture, une histoire que je vous raconterais à vous et à vous seul.e et dont vous sortiriez en riant, la larme à l’œil, le mors aux dents ou le cœur en chamade ». 

Il y a autre chose. Le projet initial de la Maison éclose était de proposer à des autrices et auteurs un partage commun. Cette utopie-là a fait long feu. Ce n’était que la mienne. Dans le fil de cette histoire brève (5 ans, c’est long et court en même temps), je n’ai pas su créer ce collectif. Les participations n’ont été que passagères. Peut-être quelqu’un.e d’autre réussira-t’il.elle à entraîner d’autres élans plus tard. Je l’espère. 

Il est clair que je n’ai pas envie de poser mon cul sur une chaise de salon du livre en attendant que le chaland s’y arrête un instant. J’irai donc ailleurs. Je ferai autre chose. Différemment sans doute. 

Tenez! J’ai imaginé une nouvelle expérience éditoriale. Cela s’appelle Le Poisson volant *. Je vous en reparlerai. 

*https://lepoissonvolant.ch/