
[photo Daniel Karmann/DPA]
Vous arrive-t-il d’éprouver cette nausée? Aux USA, un mouvement politique et un homme à sa tête, emportent le monde dans l’ignominie. Cet homme, je n’ai plus envie de le nommer. Chaque jour, je me dis qu’il est parvenu au sommet de l’abject et… il en rajoute une couche, un geste, une parole, un tweet, un fake plus absurde, plus destructeur, plus ignoble que la veille.
Et le monde assiste au massacre, de la raison, du sens commun, de son humanité. Les télévisions diffusent, les médias répètent, les démocrates s’agitent, les magagas approuvent, les chroniqueurs commentent, les diplomates nuancent, les démocraties se lézardent.
Lorsque Navi Pillay emporte le Nobel de la Paix, les Etats-Unis renforcent les sanctions contre la justice internationale, Rubio qualifie méme la CPI de « tribunal voyou »… et personne ne réagit à la mesure de l’enjeu. Berne « rejette les sanctions ». Bruxelles aussi. Des mots. Des soubresauts du bout des lèvres, un peu pincées, les lèvres, genre « y’en a beaucoup par ici? ».
Les entreprises américaines ont six mois pour cesser de travailler avec la Cour. Six mois pour répondre concrètement. Alors imaginons ce qu’une réponse aux pressions américaines pourrait être.
Bloquer le blocage. L’Union européenne dispose d’un règlement de blocage, que la Commission peut étendre par un acte délégué. Elle ne l’a pas fait pour la CPI. Qu’elle le fasse!
La souveraineté. Sortir la CPI de sa dépendance aux banques, aux logiciels et aux messageries US avant que les comptes se ferment. Que les États qui ont signé le Statut de Rome, la Suisse comprise, protègent par la loi les juges et les procureurs sanctionnés : un compte en banque, des moyens de communication, des mécanismes de paiement, une liberté de circulation. La Suisse, dont les banques appliquent par prudence, sinon par couardise, les sanctions de Washington, est directement concernée.
Délocaliser. Les États pourraient prendre le relais et juger eux-mêmes les crimes, au nom de la compétence universelle, que la CPI ne soit plus le seul rempart auquel on confie le « sale boulot ».
Des sanctuaires. Que des villes, Genève, Madrid, Paris, offrent le statut de zone refuge à la justice internationale. Une sorte de droit d’asile.
Des actions symboliques citoyennes. La lecture des décisions de la Cour, le même jour et à voix haute, sur les places, dans les théâtres, des cafés, dans cent villes du monde.
Et le 10 décembre, à Oslo, que Navi Pillay ne reçoive pas son prix seule : ça aurait de la gueule de voir les juges sanctionnés monter sur la scène avec elle.
Il n’y a rien d’héroïque, d’exceptionnel ou d’irréalisable. Simplement une éthique partagée et l’engagement à la tenir jusqu’au bout.
