Je retrouve ceci dans mes archives. Un petit docu réalisé en été 1996 pour le pilote de l’émission Fax Culture (à la TSR d’alors), tourné à l’occasion d’une exposition à l’Art Brut, à Lausanne, sur la collection Prinzhorn. Journaliste: Pierre Crevoisier. Réalisation: Jean-Pierre Garnier. Musique de Meredith Monk. Avec Michel Thévoz – qui était alors le conservateur de la Collection de l’art brut – et Jacques Stitelmann, artiste et formateur en art-thérapie. Ce sujet n’a jamais été diffusé.
« Louise et Hugo », une nouvelle lue par Carine Delfini, « Dernier rêve avant la nuit », RTS La Première, 1er mai 2015
Les rêves ont toujours une manière si particulière de se raconter, de s’inventer des histoires, une incongruité, une invraisemblance, un instant qui n’a rien à voir avec le précédent et s’évapore ensuite, un geste, une main, la ligne d’un sein, une femme dont je vois, en même temps, le dedans et le dehors, le visage et la pensée, la peau et le vêtement qui la couvre, les plis et la colère. Dans le temps du rêve, une seconde est une vie, les instants se contractent. Elle disparaît lorsque je tente de la retenir, passe la porte, non, il n’y a pas de porte, il n’y a plus de porte là où je croyais en voir une, elle traverse le mur, je cours, ma tête heurte la paroi, provoque une fulgurance, une douleur atroce, le sang jaillit immédiatement, explose, je le sens couler à l’intérieur de ma bouche, partir en vague. J’entends ses pas dans l’escalier. Le mur disparaît. Devant moi, il n’y a que la neige, une infinitude de blanc et ses traces au milieu, et le rouge de mon sang cristallise à mes pieds.
« La tache bleue », une nouvelle de « Mes trous de mémoire », lue par Carine Delfini, dans « Dernier rêve avant la nuit », RTS La Première 7 mai 2015.
« La première fois que la tache est apparue, personne n’y a pris garde. C’était sur la Place du Marché de Perlin, un jour de vent mauvais et de col remonté. Il n’est pas étonnant que le phénomène soit passé inaperçu. Même le marchand qui tenait son étal en cet endroit n’a rien vu. Il l’aurait dit! Lorsqu’il descend de sa montagne, avec sa bête, le dos chargé de ses noix, il emporte toujours quelques histoires avec lui de là-haut, blanches comme les avalanches. S’il avait aperçu la tache, il l’aurait dit, c’est sûr, et toute la place aurait été au courant aussi vite que le vent fustigeait les pavés, les oreilles d’abord, puis des oreilles aux bouches, et de ces bouches à d’autres oreilles, comme le font tous les bruits qui courent. »