Comme le font toutes les mers…

J’ai vécu hier la dure expérience de revenir en mon pays et de n’y rencontrer personne. J’avais proposé de consacrer des temps de lectures individuelles à celles et ceux qui partageraient ce moment, des mots dits en tête-à-tête, des morceaux choisis de l’#éléphant en bouche à oreilles ouvertes. Lorsque j’en parlais ainsi, tout le monde relevait l’intention, le partage, l’originalité, le « joli geste » de passeur de littérature. Et je ressentais ce plaisir immense d’offrir cela, pour la première fois, aux gens de ce pays jurassien, ce lieu où je ne vis plus mais qui bat encore fortement en moi.

Et personne n’est venu.

Pas un bonjour, ni un signe infime, pas un ami venu, même en coup de vent, entre l’aspirateur et les courses, les carottes et l’apéro, dire le plaisir de nous revoir, avec les souvenirs et la vie, les liens minuscules et précieux en même temps, comme les rebonds des galets que nous lancions, enfants, à la surface du monde. Nous comptions les ricochets, les grands entrechats d’abord, les croisements insouciants, de loin en loin, comme si l’éternité existait, puis les rebonds de plus en plus rapides, rapprochés, impatients, avant le dernier bond et la disparition du caillou avalé par la surface, un ultime rond dans l’eau, puis plus rien. Nous n’imaginions pas que nos vies éphémères ressembleraient à ces jets de pierre.

Personne n’est venu.

Partout ailleurs, j’aurais considéré cela comme normal, une sorte de non-événement, une fatalité de l’indifférence. J’en aurais souri, mesurant le chemin à écrire encore avant – un jour, peut-être, jamais – que mes livres existent sans assistance respiratoire. Là, c’était d’une tristesse…

Personne.

Une blessure d’égo n’est jamais insurmontable. Et la petite boule sera digérée. Il me reste à écrire plus loin, plus profondément encore, sans rouler des mécaniques, à m’échouer peut-être mille fois sur des plages silencieuses, comme le font toutes les mers, vague après vague.

La Maison éclose demande la libération d’Aslı Erdoğan

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La Maison éclose, parrainée par Amnesty International, propose une action de solidarité en faveur de l’écrivaine turque Aslı Erdoğan et toutes les victimes de l’injustice du régime d’Ankara. Cette mobilisation s’adresse à toutes les personnes qui ne peuvent assister à la répression sans poser un acte fort.

Elle prendra la forme symbolique d’un calendrier de l’Avent solidaire:

  1. Du 1er au 24 décembre, tous les jours, à 18h, des lecteurs et lectrices liront un chapitre ou un extrait du dernier livre d’Aslı Erdoğan, « Le Bâtiment de pierre », dont la traduction a paru en 2013 chez Actes Sud;
  2. Le samedi, la lecture aura lieu à 16h;
  3. Ces lectures publiques auront lieu simultanément, durant quinze minutes à peine, dans toutes les librairies du pays qui nous ouvriront leur porte;
  4. Un agenda en ligne (sur doodle) permettra à toutes les personnes intéressées de s’inscrire afin d’assurer une présence quotidienne dans les librairies.

Comment pouvez-vous participer?

  • Vous êtes disposé à chercher une librairie dans votre ville et coordonner le tournus des lecteur/trice/s?
  • Vous êtes d’accord d’alerter personnellement votre réseau, par courrier, par email, sur Facebook ou Twitter pour inviter des lecteurs et/ou des spectateurs dans la librairie de votre ville?
  • Vous êtes lecteur/trice et êtes disposé/e à participer une ou deux fois à cette action? Dès qu’une librairie nous ouvre ses portes dans une ville, un doodle est mis en place et vous pouvez vous inscrire.
  • Vous êtes libraire et vous êtes prêt à nous ouvrir votre porte?
  • Vous voulez simplement entendre des lectures?

Merci de prendre contact avec moi par email

Le bâtiment de pierre
Le bâtiment de pierre, Aslı Erdoğan, Actes Sud 2013

Sur le site de l’éditeur:

Au coeur de l’onirisme, à la frontière du visible et de l’invisible, entre mémoire, rêve et cris, une femme se souvient du Bâtiment de pierre. Dans cette prison, des militants politiques, des intellectuels récalcitrants à la censure, des gosses des rues – petits voleurs de misère – se retrouvaient pris au piège.
De ce monde de terreur véritable, la narratrice de ce récit est pourtant revenue et sa voix, en une étrange élégie, se fait l’écho d’un ange, un homme qui s’est éteint dans cette prison en lui laissant ses yeux.
Ce livre est un chant dont la partition poétique autorise le motif en lui donnant parfois une douceur paradoxalement inconcevable. Un texte rare sur l’un des non-dits de la vie en Turquie.

L’homme silencieux

Le synopsis du prochain projet est là. Il reste maintenant à prendre la plume et à le faire. Je vous donne quatre indices, quatre images de situations, de lieux, de personnages, qui vont inspirer le trait et la couleur. Et un exemplaire du (futur) roman à celle ou celui qui réussira le plus à en deviner le fil…

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