Le vide au bout du fil

Écrire dans le désert. Curieuse sensation que celle qui accompagne le fait de ne pas exister, pas vraiment en tout cas, de penser, parler, écrire, me tromper, reprendre le fil, écrire encore et, en fin de compte, me rendre compte que ça n’a aucune importance, parce que le monde s’en fout. Le truc de Descartes, le mec qui liait la pensée à la preuve de l’être – cogito ergo sum -, est faux.

Je dis ça, mais c’est l’exact contraire: penser est ce qui reste dans le vide…

Vous arrive-t-il également d’éprouver cela? Avoir cette impression d’être « à côté », pas vraiment là, de danser à cloche-pied dans un univers où votre place est bancale, presque inutile, superfétatoire (j’aime ce mot, sa manière de claquer ses consonnes entre les dents, ça fait précieux et rigolo à la fois).

Je dis ça, mais j’interpelle encore et toujours le vide.

J’hésite. Devrais-je me résigner à l’insignifiance et adopter la position du Suisse « qui trait sa vache et vit en paix »? Je paraphrase Hugo de la lune. Rassurez-vous, je ne suis pas en train de sombrer. Il m’est simplement venu à l’esprit que l’écho de ma voix ne résonnait pas. Voilà plusieurs chroniques que j’adresse à un quotidien et celui-ci ne prend pas la peine de répondre. Un petit silence qui, par instants, prend une grande place. J’entends la gouaille de Jiminy Cricket me souffler à l’oreille que mes textes sont nuls… l’instant d’après, l’animal rigole et je l’accompagne dans son rire.

Je dis ça, et le vide répond…